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La balade de Spritz

Allegro ma non presto

La genèse

Publié le 27 Janvier 2020 par Anne-Catherine Deroux in La genèse

AU COMMENCEMENT...

Au commencement – tout juste après le ciel et la terre – il n’y eut ni la mer ni l’océan. Non.

En tout cas pas pour nous.

Au commencement, il y eut les canaux des Pays-Bas !

Oui, c’est bien cela : un réseau dense de cours d’eau plus inextricablement emmêlés que les fils d’une pelote de laine. On les a tous faits. Ou presque. On a eu cette chance. Car au commencement, il y eut surtout… CARACOLE. Je m’en souviens très bien. On n’oublie jamais son tout premier bateau.

C’était un bateau de rivière, un petit cabin-cruiser en métal de 8,50 mètres de long, équipé de tout le confort moderne souhaitable… c’est-à-dire un WC et une petite kitchenette. Mais aussi avec une vraie cabine à l’arrière ! Nous l’avions déniché profondément endormi au creux d’un bras de Meuse hollandais. Et cela avait été le coup de cœur. On n’y connaissait rien, on a signé les yeux fermés, tout excités. Il était petit, il était vieux, il empestait le mazout, mais il était dans nos moyens. Et c’était désormais notre bateau. Ce fier vaisseau, j’en étais convaincue, nous emmènerait au bout du monde.
 

Après un jour de navigation, je voulais le revendre cinq euros au premier venu.

Moi qui rêvais du Cap Horn, je me découvrais traumatisée par des remous de péniche et une première écluse empruntée de travers. Persuadée que l’assiette en plastique cassée par la bouteille de Pastis, qui l’avait emportée dans sa chute, constituait une authentique fortune de mer, un accident à la gravité tout juste inférieure à celle d’un naufrage pur et simple. Ah non, décidément, j’avais vu trop haut, l’aventure ce n’était finalement pas mon truc !

Mais le soleil des jours suivants était venu égayer ce glacial weekend d’Ascension. Mon capitaine gérait de mieux en mieux et je me laissai convaincre d’accorder une chance à nos rêves. Grand bien m’en prit. Tout au long des étés qui suivirent, Caracole nous causa certes des sueurs froides et des énervements, mais il nous emmena aussi jusqu’à Reims, puis Amsterdam, à la découverte de canaux paisibles ou étonnants et de paysages magnifiques. Un été, nous fîmes même un tour complet de Belgique, si, si ! Cela nous prit trois semaines quand-même…


La vie sur Caracole nous a beaucoup appris. Les manœuvres, les problèmes techniques à résoudre, les astuces échangées entre plaisanciers, les bouts de gras taillés avec les bateliers, leurs histoires, leurs attentes, partagées autour d’une amarre à lover ou d’un apéro bien mérité. Mais par-dessus tout, nous obtenions confirmation que vivre au fil de l’eau nous plaisait vraiment beaucoup.

Caracole fut le bateau préféré de notre chienne. Pas de gîte, pas de claquement dans les vagues, et les parfums de la berge toujours à portée de truffe. Si cela n’avait tenu qu’à elle, jamais nous n’aurions abandonné le fluvial.

Oui mais voilà, le couple d’humains aux commandes rêvait de voile et de mer. Et des terres de l’autre côté de la mer.

Mais un voilier neuf, c’est cher. Et comment détecter les problèmes éventuels d’un voilier d’occasion quand on ne s’y connaît pas ?
Pas de quoi, cependant, décourager mon capitaine. Puisqu’on ne pouvait l’acheter, ce voilier, il nous le construirait ! On acheta donc des plans, des planches et des clous, des litres et des litres de sueur et de colle époxy. Après huit années de construction et déjà cinq saisons de navigation, de l’époxy j’en retrouve encore partout : sur des t-shirts, sur le vinyle du bureau…

Huit années de chantier, huit années de questionnements, huit années de bobos, huit années de joie à voir se former le « bébé ». Et un beau jour, on y est. C’est l’accouchement. La mise à l’eau. Et le stress qui commence à monter. Va-t-il flotter sans trop s’enfoncer ? Va-t-il flotter droit dans ses lignes ? Et puis surtout… va-t-il flotter ??


Comme il était beau notre GAILLARD, doucement ballotté par les flots. Et quelle fière allure il prit, une fois revêtu de toute sa garde-robe !


Gaillard, le bien nommé, nous fit découvrir le large avec bravoure et allégresse. Nouvelles sensations à appréhender, nouvelles peurs à dompter, nouvelles aptitudes à acquérir. Pendant cinq ans, grâce à lui, nous apprenons, nous accumulons les expériences. Jamais il ne nous a déçus.

 

Mais au fil de l’eau et du temps qui passe, les besoins et les projets évoluent. Et l’âge de l’équipage aussi...

Peu à peu, comme bon nombre de plaisanciers avant nous, nous nous prenons à rêver du « mètre en plus ». De ce voilier un peu plus grand (mais pas trop), un peu plus confortable (mais pas trop), un peu plus équipé (allez… pas trop non plus). Et, presque sans s’en rendre compte, on commence à lorgner sur les petites annonces. De plus en plus souvent. Avec de plus en plus d’attention.

Alors, forcément, un jour où l’autre…

Il s’appelle SPRITZ, c’est notre nouveau compagnon d’aventure, et on le trouve formidable ! 😊

La genèse
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