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La balade de Spritz

Allegro ma non presto

De Port-la-Forêt à Piriac-sur-Mer

Publié le 29 Juillet 2020 par Anne-Catherine Deroux in Les carnets du bord

16 juillet

Doëlan. Qui ? Quoi ? Où ? Ça existe ? Mais oui, là… en zoomant très fort sur la carte. Village tellement petit qu’on le remarque à peine. Et que j’avais pourtant secrètement pointé déjà bien avant le départ. La faute au Bloc Marine, qui le décrit comme le typique petit port de pêche breton. La faute aussi à la série Doc Martin, qui l’avait pour si joli cadre. Alors, quand le capitaine m’a dit qu’il aimerait aller à Doëlan… Mais qu’est-ce qu’on attend ? Hissons la grand-voile et souquons ferme les écoutes, tonnerre de Brest !

La réalité rejoint la fiction. Tout y est parfait, comme on l’espérait : le phare à l’entrée de cette étroite échancrure, les bouées en embossage qui permettent à huit bateaux à peine d’y faire escale, les maisons surplombant tous ces petits bateaux de pêche disséminés jusqu’au fond de l’arrière-port. C’est une véritable carte postale qui s’anime sous nos yeux. A l’heure du repas du soir, un dernier voilier, mené par trois joyeux compères, vient se mettre à couple de Spritz. Très vite et comme souvent, la discussion s’engage. Deux heures plus tard, le soleil couchant nous réunit dans leur cockpit autour d’un dernier café fumant.

 

17 juillet

A quelques encablures du continent, tel un pavé schisteux jeté dans la mare océanique, émerge Groix. Nous la prenons d’assaut dès le petit matin, afin de trouver une place libre dans son seul petit port, Port-Tudy, que l’on nous a dit bondé en cette saison.

Au milieu des ruelles en pentes, bordées des maisonnettes joyeusement colorées, une affiche retient notre attention : concert-apéritif des Renavis à 19h00 à la Pop’s Taverne. On est tentés, mais c’est de l’autre côté de l’île. Et alors ? On a nos vélos, non ? Chez Pop’s, des tables et des chaises ont été disposées dans le jardin, juste devant la petite scène improvisée où les Renavis, d’égrillards retraités locaux, accordent leurs instruments. Peu à peu le jardin se remplit. Les chansons s’enchaînent presque aussi vite que les cidres et les bières dans nos mains. Tout autour de nous, le public – les jeunes tout autant que les plus âgés – reprend par cœur chaque couplet. C’est tout le quartier qui s’est déplacé ce soir pour applaudir leur ami, leur père, leur voisin. Ce soir, nous voilà Groisillons parmi les Groisillons.

 

18-19-20 juillet

Nous n’avions pas prévu de rester quatre nuits à Groix. Mais les Renavis nous l’avaient pourtant chanté : « C’est pas une île, c’est un sourire ! » Totalement conquis et désarmés, nous nous laissons prendre dans les filets de cette sirène, et la décortiquons par toutes ses côtes : cyclistes slalomant sur ses routes parmi les piétons, piétons foulant ses sentiers parmi les lézards fuyants, des petits bruns rapides aux verts trapus. Tous les matins, Port-Tudy s’anime aux coups de corne de brume des ferrys en provenance du continent, venus déverser leur flot grouillant de touristes sur les quais du bourg. Un spectacle sans cesse renouvelé. Mais c’est dans l’avant-port que se joue l’intrigue la plus palpitante, quand les équipages des voiliers amarrés sur bouées serrent les fesses, les dents et les nœuds de toutes leurs défenses lors des manœuvres des ferries à deux doigts de leurs petites embarcations. Pour notre part, c’est un spectacle que nous nous réjouissons de pouvoir contempler depuis la sécurité des pontons !

On rêverait facilement de rester ici pour toujours. Mais le voyage doit continuer. Et dans ma tête résonnent les paroles du chanteur Gilles Servat : « Regarder Groix et puis partir – avec le cœur qui se déchire – porté par ce maudit navire… »

 

21 juillet

Spritz est un navire béni. De Groix, qui s’estompe dans notre sillage, il nous emmène à Belle-Île. Une île pour une autre. Un sourire pour un éclat de rire.

Le ciel est bleu, la mer aussi, la brise jolie et par le travers – parfaite – rafraîchissant nos peaux rôties par le soleil. Toutes ses voiles hissées, le bateau glisse à belle allure d’île en île. Entre les deux, au large, l’océan à perte de vue. Une promesse d’infinis possibles, si le cœur nous en dit. Pendant le confinement, quand je rêvais de liberté, c’est exactement ce moment – ce moment précis – que j’imaginais. Ravie, je souris au soleil, et j’inspire à pleins poumons.

Nous ne sommes pas les seuls à désirer Belle-Île-en-Mer. Dès l’ouverture de l’écluse, Le Palais, la capitale de l’île, est investi par les voiliers en transit. C’est au chausse-pied que les préposés du port arrivent à caser tout le monde. Virevoltant du port d’échouage au bassin à flot à bord de leurs pneumatiques, bourrant franchement dans les coques pour aider aux manœuvres des uns et des autres, c’est un ballet impressionnant de virtuosité et d’efficacité. Nous nous retrouvons quatrième à couple de trois autres bateaux. Demain, nous devrons nous lever à 7h00 pour laisser partir nos voisins, et en profiter pour faire demi-tour dans ce mouchoir de poche. « Ça ira », nous assure l’un des préposés sans s’émouvoir le moins du monde.

 

23 juillet

Après deux jours au Palais, nous saturons déjà de la civilisation. Un retour à l’état sauvage s’impose. Le vent fort de Nord-Est nous abandonne enfin, on peut rallier Sauzon, petit port pittoresque de Belle-Île et y prendre une bouée, tranquillou. Les guides et avis consultés n’ont pas menti : Sauzon est absolument ravissant !

Juste à côté du phare, à l’entrée du port asséchant, se tient un petit restaurant dont la carte et le cadre magnifique nous ont mis l’eau à la bouche. On a réservé une table pour ce soir. Mais qui dit état sauvage et isolement sur une bouée au milieu des eaux ne dit pas débraillé pour autant. Dans un joli restaurant, je tiens à y aller en jolie robe ! A l’heure dite, nous nous retrouvons donc tous les deux coquettement sapés et parfumés, à ramer comme des galériens, puis à hisser et amarrer notre annexe sur les rochers, avant de rejoindre notre table raffinée.

 

24 juillet

Un couple rame en direction de notre bateau. Ils nous hèlent : « On a pêché trop de maquereaux ce matin. Est-ce que vous en voulez ? » Du coin de l’œil, je vois mon capitaine verdir. S’il y a bien une chose qui nous fait défaut depuis le début de notre aventure, malgré les nombreuses tentatives du capitaine, c’est une pêche miraculeuse. Et miraculeuse, elle le serait même dès le premier poisson pêché… puisque pas une seul n’a encore daigné mordre à ses leurres. Et ça, je vois bien que ça lui reste en travers de la gorge (comme un hameçon qui aurait servi, mais c’est un jeu de mot qu’il vaut mieux taire pour l’instant…).

« Non merci, répond-il, on a déjà deux grosses daurades… qu’on vient d’aller acheter au marché ! »

 

25 juillet

C’en est fini des îles, du moins pour l’instant. Aujourd’hui, on rejoint le continent, et plus précisément Piriac-sur-Mer. Piriac, c’est la Loire-Atlantique, on quitte donc la Bretagne. Ou pas ? J’ai beau consulter les plus savants ouvrages wikipédiesques, difficile de se faire une idée précise des frontières bretonnes. Administrativement, Loire-Atlantique et Bretagne sont séparées. Mais historiquement, non. Et encore aujourd’hui, certains se revendiquent Bretons. Mais d’autres, non. Ça dépend s’ils sont du nord ou du sud… Alors, quoi ? Ce soir, on dort en Bretagne ou pas ? Ben… p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non…

 

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